Eros
Publié le : 11.06.2021
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La signification de Eros

Eros est un mot qu’on a tous déjà entendu, qu’on associe, à raison, avec l’idée de la passion ; c’est de ce mot que découle l’érotisme, après tout. Eros, c’est l’amour charnel, la voix de notre animalité qui refait surface malgré tous ces masques de civilité que nous nous évertuons a portons.

Eros est tout particulier dans cette série, dans le sens où il aurait fallu faire deux illustrations plutôt qu’une seule. Pourquoi ? Parce que l’Eros féminin est radicalement différent de l’Eros masculin ; les enjeux sont différents, les motivations, les désirs aussi. Ainsi, j’ai fait le choix de me focaliser sur l’Eros féminin, puisque mon modèle est une femme.

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Eros, l’amour charnel, animal

Pour cette œuvre, j’ai suivi la même démarche que pour Philautia. Voir la section « La vision » .

La symbolique dans l’œuvre

Pour développer cette nuance de l’amour, j’ai placé dans toute l’œuvre des messages cachés. Pour les découvrir, je vous propose de partir du bas de l’illustration.

Les plumes de paon

Le paon est un animal dont l’évolution à pris un chemin très intéressant. Son immense queue de plumes ultra colorées est un net désavantage dans la nature. Elle le rend visible, réduit son agilité, et requiert beaucoup de calories pour se développer. Du point de vu de la survie, c’est un énorme handicap… Mais cela veut aussi dire qu’un paon qui réussit à survivre malgré ce lourd désavantage est exceptionnellement malin, rapide ou fort. C’est en cela qu’il devient attirant pour les femelles. « Regardez, malgré ce gros handicap, je suis vivant et fort ».

Ces plumes sont pour moi un apparat qu’on pourrait assimiler aux artifices de beauté. Maquillage, bijoux, vêtements coûteux… Elles ne servent à « rien », mais permettent d’augmenter les chances d’attirer le sexe opposé. Cependant, ces artifices ont un coût en argent et en temps, pour être déployé, à l’image du paon qui fait sa grande roue.

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Une longue traine de plumes

Ces plumes sont posées au-dessus d’un bandeau de couleur vive. Il s’agit d’un dégradé que j’appelle « bref », c’est-à-dire que sur un petit espace, on passe très vite d’une teinte à l’autre. En combinant ainsi le turquoise et le bleu des plumes iridescentes, avec ce bandeau aux nuances magmatiques, je pose les bases d’une palette agressive. Ces teintes saturées sont là pour évoquer l’intensité terrible de l’Eros, ce feu qui fait se craqueler nos mœurs d’humains pour révéler l’animal en dessous.

La pile de crânes et les longues épines

Derrière ce foisonnement de plumes, repose une pile de crânes. Ce sont les os de tous ceux qui ont voulu s’essayer à conquérir le modèle, à conquérir son Eros, et qui ont échoué. Malgré les signes, ils se sont acharnés, jusqu’à être frappé par la terrible vérité : ils ne seront jamais rien de mieux que des amis, ou au pire, des présences utiles. Ici, j’évoque l’une des différences fondamentales entre l’Eros des femmes et celui des hommes. Là où l’Homme cherche d’abord l’intimité, la priorité de la Femme est l’attention. Au temps où le monde était plus dangereux, il était sain pour une femme de savoir entretenir autour d’elle un cercle de personnes qui pourraient lui apporter protection et réconfort. Et les hommes, parce qu’ils espèrent que ces services, leur vaudront de l’intimité.

C’est là, selon moi, l’erreur des hommes de penser qu’une amitié peut se changer en quelque chose de plus. L’amitié nous vaut de venir grossir la pile des crânes. Une fois que cette étiquette est collée, la seule chose saine à faire est de prendre de la distance.

Je précise tout de suite que je ne profite pas de cette œuvre pour faire une critique des stratégies sexuelles des hommes et des femmes. Je ne pose qu’un constat, que j’illustre avec le plus de nuance possible. La nature humaine est passionnante et mérite d’être comprise. Et si on devait se sentir frustré vis-à-vis de certains comportements, il faudrait toujours se souvenir que rien, dans notre évolution, n’est le fruit du hasard. Si nous sommes ce que nous sommes, c’est qu’autrefois, c’était la meilleure chose à être pour survivre.

Les risques dans l’Eros féminin

L’Eros des femmes comporte sa part de risque, représentée par les longues épines qui griffent la peau du modèle. Entre autres, multiplier les conquêtes pose un risque sur le long terme, en érodant la capacité d’aimer. Et, puisque l’Eros Femme se veut plus « manipulateur », il peut susciter de l’incompréhension chez l’homme, et pousser, parfois, à la violence. Aussi, l’immense quantité d’effort et de temps que les femmes passent à se mettre en valeur est aussi source de douleur, parfois en provoquant des complexes. L’Eros, qu’il soit masculin ou féminin, à un coût.

Cette attention indésirée

Si je voulais grossièrement résumer l’Eros Femme, je dirais qu’il s’agit « d’un spectacle tout entier conçu pour se rendre le plus désirable possible, aux yeux du meilleur homme possible, pour le pousser à passer à l’action ». C’est là le but de toute cette parade : attirer le meilleur partenaire. Hélas, c’est aussi en cela que cet Eros, s’il n’est pas apprivoisé, est dangereux : une femme ne peut jamais choisir à qui elle va plaire. Plus elle se rend désirable, plus le nombre d’hommes qui la veulent augmente. Et, statistiquement, la majorité de ces hommes ne sont en retour pas désirables par l’hypergamie féminine.

Ainsi, la femme attire peut-être le regard de celui qu’elle convoite, mais aussi l’attention de ceux qui ne l’intéressent pas, et qui veulent s’emparer tout autant d’elle. Ceux-là, je les représente dans cette œuvre par ces mains noueuses et appendices tentaculaires grotesques, tendus vers les cuisses et la poitrine du modèle.

La religion de notre temps

Aujourd’hui, l’intimité n’a strictement plus rien de sacré. Ce n’est plus un trésor qu’on se garde de donner trop souvent, mais une bête terrible qui exige de nous que nous assouvissions sa faim à chaque instant. Le sexe est partout, où qu’on regarde, au point qu’il est devenu la religion de notre temps, comme le suggèrent ces cierges que j’ai peint. Aujourd’hui, la sensualité est le nouveau sacré, que ça nous plaise ou non.

Eros : le motif de la roue et le choix des fleurs

Il y a autour du modèle un motif circulaire. C’est une roue, qui reprend la roue du paon illustré plus bas. Cette fois, pas de plumes. A la place, j’ai posé de la feuille d’or. La radiance vient mettre le modèle en valeur, en particulier son regard hypnotique. Ce vortex que créé ce motif renvoi à la volonté de capter l’attention. L’Eros veut attirer l’objet de sa convoitise à lui. Quant à cet or, il reprend l’idée d’artifice dont on se couvre pour apparaître sous un jour favorable.

Quant aux fleurs, j’ai opté pour le fushia. C’est un symbole d’amour ardent, qui s’offre à la mesure (ou démesure) du désir que l’on ressent pour une personne. D’ailleurs, la couleur fushia est l’une des plus compliquées (avec le turquoise) à produire dans une palette. J’ai trouvé que c’était un détail intéressant, pour renforcer l’idée que l’Eros, derrière ce que tout le monde en connaît, est une notion plus délicate qu’il n’y paraît.

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