Focus – La carte du Nord du Néo-Empire
Publié le : 09.06.2020

Une cartographie à l’ancienne

Quand on songe cartographie à l’ancienne, il nous vient en tête de grands parchemins, dont la surface est complètement saturée de détails. On y trouve des villes, des fleuves, des reliefs, des lieux-dits, bref : un univers tout entier. C’est ça qui me plaît quand j’illustre une carte ; en une seule œuvre, on devient capable de poser un décor extrêmement précis, tout en donnant des indices sur l’identité des personnages et des créatures qui peuplent ce monde.

En général une carte à l’ancienne comporte en ensemble d’éléments caractéristiques qui permettent d’un seul coup d’œil de comprendre qu’il s’agit à la fois d’un document technique, utile pour s’orienter et visualiser une terre, mais aussi d’une œuvre d’art.

 

Une ancienne carte de la Grande-Bretagne du XVII-XVIIIème siècle par Daniel de la Feuille

Voici quelques-uns de ces éléments caractéristiques, dont on retrouve un certain nombre dans l’exemple ci-dessus :

  • Un titre, généralement mis en valeur par des illustrations et/ou encadré par une perspective abstraite.
  • Un moyen de calculer les distances (le petit cadre en damier et le rappelle de l’échelle en haut à droite).
  • Des blasons des différents royaumes et/ou familles dont les terres sont sur la carte.
  • Un moyen d’orientation (boussole). S’il n’y a pas de boussole, il faut se dire que dans l’immense majorité des cas le Nord est en haut
  • Des illustrations qui reprennent les mythes ou épisodes historiques importants de la culture qui produit la carte, ou de la culture dont les terres sont représentées. Il s’agit parfois de portraits de personnalités.
  • De nombreuses annotations pour le nom des villes, fleuves, monts, etc.
  • Des indications de la nature du paysage (forêts, reliefs, lacs…)

Le contexte

Lorsque j’ai commencé à produire cette carte, elle était la base d’une aventure interactive avec mes abonnés : nous étions tous embarqués à bord d’un zeppelin steampunk d’exploration envoyé par l’Empire pour explorer toute la partie droite de la carte (qui n’était pas dessinée à ce moment). Chaque semaine, les abonnés votaient pour la direction à prendre. La carte s’agrandissait petit à petit alors que l’équipage devait faire face à diverses surprises, allant de la rencontre d’espèces animales inconnues jusqu’à la découverte d’un ancien vaisseau écrasé.

Hélas, la surcharge de travail de l’époque (un temps plein en intérim, plus mes commandes d’illustration le soir) a fait que je n’ai pas pu continuer l’aventure jusqu’au bout. J’ai donc décidé de finir la carte d’une traite, puis de l’offrir à un de mes abonnés suite à un tirage au sort. Le veinard !

Le titre

Dès le titre de l’œuvre en haut à gauche, on peut choisir de donner un indice sur le peuple qui vit sur ces terres. Dans mon cas, “La carte du Nord du Néo-Empire” est un titre extrêmement descriptif, sans poésie. Il fait écho au fait que l’Empire est une entité dont les préoccupations ne sont pas si orientées vers la culture que ça. Et quiconque aurait cette impression aurait raison : l’Empire est une entité qui tire sa puissance de ses industries (normal dans un univers steampunk) et de ses armées.

En bas à gauche, j’ai positionné le blason de la famille impériale qui vient confirmer sa culture conquérante avec ce lion féroce sur un fond de blason en forme de bouclier. La clef qu’il tient dans la gueule symbolise l’expression “le savoir c’est le pouvoir, il faut le garder”, car l’Empire s’assure toujours de la loyauté de ses sujets par des efforts de propagande et de censure importants.

Faire le monde

Lorsqu’on construit une carte, je trouve qu’il est plus facile de commencer par le cadre. Le cadre, ce sont tous ces éléments qui n’ont pas de lien avec la géographie de la carte mais qui sont importants pour la contextualiser. Il s’agit du titre, des blasons, etc. Après on peut donner une forme vague aux terres. On commence par tracer d’un trait léger la ligne des côtes, puis on place grossièrement les gros espaces de forêts et de montagnes. En fait, on commence par place ce qui est le plus ancien : la terre. Les colons ne viennent que plus tard et n’implantent leur ville que là où ils le peuvent.

 

Ici, toute la partie droite de l’image est occupée par une forêt très dense. Les côtes sont nuancées d’imposantes collines. Compliqué d’y installer la moindre petite ville.

Quand ces grandes formes sont posées au crayon à papier, on peut commencer de les repasser avec un crayon plus gras pour mieux les faire ressortir. C’est à ce moment qu’on peut ajouter quelques îles, des côtes morcelées, des fleuves… Pour l’instant, a l’exception du cadre qui peut déjà être passé à l’encre puisqu’il est au premier plan, tout est tracé au crayon à papier. C’est seulement à partir de cet instant qu’on place les villes et les routes.

Penser l’aménagement comme si on y était

De même que dans la vraie vie on préfère construire une ville dans un endroit propice avec des ressources abondantes, il faut s’imaginer que les colons ont construits leur ville avec la même logique dans cette carte. Positionner les villes en gardant ça en tête va permettre de rendre plus “aléatoire” leur emplacement final, et donc d’avoir un rendu naturel. Une carte dont les villes seraient toutes équidistantes serait étrange.

 

La capitale de l’empire, entourée de champs et d’autres villes importantes

La photo ci-dessus montre de quelle manière l’Empire indique l’importance de ses villes sur sa carte. Valkias, sa capitale, présente l’icône et la police d’écriture la plus grosse de toute la composition. Les villes à gauches et à droite sont moins importantes, comme le suggèrent l’icône et la police de taille réduite. En bas à droite de Valkias se trouve une petite ville dont l’icône ne présente qu’un seul cercle plutôt que le double cercle des villes plus importantes. Enfin, les hameaux trop petits pour mériter de voir leur nom apparaître sont juste indiqué avec des petits amas de maisons.

Quant aux icônes en forme de carré sans nom, elles sont là pour indiquer des lieux particuliers importants qui ne sont pas des villes. En bas de Valkias par exemple est représentée une grande arche antique. Au Nord-Ouest, un étrange obélisque.

Enfin, sur cette carte on distinguera deux types de routes. Les routes principales sont tracées avec des petits ronds, et les routes secondaires de petits points. Le tracé continue sinueux en noir représente un fleuve ou une rivière.

L’exploration

Lorsque l’exploration a commencé avec mes abonnés, nous sommes partis pour le Nord, après la grande et haute chaîne de montagne. Nous avons fondé un important avant-poste sur place pour la suite de nos opérations : Lupinaala. Sur place, les abonnés ont d’abord exploré la grande forêt juste au Nord de l’avant-poste… Pour y trouver des traces de combats et de très vieux ossements. Nous avons installé des camps tout autour de la forêt suite à cette découverte, et aménagé un circuit.

 

Un nouvel horizon nous attend !

Par la suite, nous avons investigué l’étrange structure qui émerge du lac de glace au Nord du Lupinaala. Les sorciers de l’équipe ont remarqué qu’il émanait de ce pylône improbable une puissante énergie teintée de mort, qu’on a retrouvé à l’Est de Lupinaala, dans l’énorme épave d’un vaisseau écrasé contre les montagnes. Un vaisseau dont la technologie surclasse tellement la nôtre qu’on pourrait croire qu’il s’agit d’une machine divine.

En poussant plus à l’Est, nous avons fait une autre découverte intéressante : des villes ! Il y avait un autre peuple caché là depuis le début. C’est hélas à ce moment que l’aventure à pris fin, comme expliqué plus haut. On aperçoit d’ailleurs la boussole sur cette image.

 

Les villes du peuple inconnu

Et si on avait choisi les îles ?

Mes abonnés au début de l’aventure avaient deux choix. Soit partir pour le Nord (ce qu’ils ont fait), soit partir pour les îles à l’Est. S’ils avaient pris cette direction, j’aurais proposé une aventure dans une jungle dangereuse, au centre duquel se tenait un imposant temple d’inspiration Maya. Qui sait ce qu’on aurait pu y trouver ?

 

La vue de l’île est zoomée en x5

Un monde entier à explorer

Cette carte a été pour moi un vrai plaisir à créer. Faire une carte c’est comme voyager. On trace le contour de la contrée qu’on va explorer, puis on s’y plonge en suivant le tracé de ses chaînes de montagnes, de ses forêts, ses fleuves, ses ravins, ses grottes. On y trouve des choses merveilleuses et terrible. On y trouve des villes, des gens, des surprises, on y fait des rencontres, on s’y fait des amis, des ennemis. C’est pour ça que j’adore la cartographie. Elle me fait voyager très très loin.

Et j’espère qu’elle vous fait voyager aussi.

Argonaus - Théo Moret

Argonaus - Théo Moret

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