Ludus
Publié le : 09.14.2021
Ludus full

Ludus ? Qu’est-ce donc ?

Dans la période qui nous intéresse (la Grèce antique, toujours, souvenez vous !) Ludus est « l’amour-jeu ». On pourrait aussi dire le flirt. Dans Ludus, on a une forte idée de légèreté qui est toujours bien présente, ou du moins, de « non-engagement ». On se l’imagine dansant, riant, nous pourtant vers les autres. Il nous pousse à nous montrer sous notre meilleur jour.

Il faut bien noter que les règles de ce jeu de l’amour-espiègle ont bien changé. Confort, mœurs débridées, technologie : voilà autant de facteurs qui ont fait muter Ludus. Dans la Grèce antique, Ludus était vu notamment comme l’amour qui s’exprime entre jeunes passionnés. On comprend donc qu’il y a là une pointe d’Eros, mais avec un attachement moindre.

Mais je reviens à cette histoire de mutation du mot. Si à l’époque, cet amour s’envisageait au sein d’un très jeune couple, aujourd’hui ce n’est plus forcément le cas. Pour moi, c’est un amour avec bien des travers, bien des pièges. C’est un champ de ronce dans lequel il faut savoir naviguer pour accéder au trésor en son sein. Pour moi, Ludus est l’amour-théâtre, l’amour-bluff, et aussi l’amour-épreuve. Certes, on peut tirer un grand amusement de ce jeu-là, mais aussi une grande peine. C’est ce que j’ai essayé d’exprimer dans cette œuvre.

Ludus, l'amour-jeu
Ludus, l’amour jeu

Pour cette œuvre, j’ai suivi la même démarche que pour Philautia. Voir la section « La Vision« .

La symbolique de Ludus

Pour exprimer toute la nuance de cet amour si particulier, j’ai placé dans mon travail de nombreuses références. La lecture de cette œuvre se fait en deux parties. On commence de bas en haut, en partant du titre. Puis, on recommence de bas en haut, en partant du bas de la page, jusqu’au bas du titre.

L’éventail dans Ludus

L’éventail est pour moi un symbole d’élégance et de secret. Il est symbolisé par ce quart de cercle juste sous le titre. Derrière l’éventail, on dissimule ses émotions comme sous un masque. Il est comme une cachette fragile, derrière laquelle on guette. On peut le rabattre, pour se livrer, ou inviter à se livrer. Et c’est surtout ce dernier point qui m’importe : éventail dressé, je me cache, je suis sur la défensive. Souris-je derrière ? Peut-être. Approche, je t’invite à en savoir plus. Cette dualité attraction-fuite est une nuance cruciale dans le Ludus moderne. Par exemple, on feint le désintérêt pour masquer ses désirs. Ou, à l’inverse, on se montre trop ouvert, pour soutirer attention et services à l’autre. Oui : le Ludus est un jeu d’acteur, et méfiez-vous de ce que vous disent les comédiens sur cette scène instable. 

La partition

Ludus est un jeu qui se chante, se danse, se ressent. Il est question de se donner en spectacle, de proposer une image de soi magnifiée, polie. On se « tease », on sous-entend, on se met en garde les uns et les autres. C’est un jeu qui se joue dans le mouvement, où il nous faut esquiver les pièges, contre attaquer, chacun avec son propre style. Alors, pour représenter ce côté scène, il m’a semblé important d’inclure une référence musicale. Oui : il s’agit d’un extrait d’une vraie partition. Vous devinez laquelle ? Celle-ci, bien sûr. Quelle meilleure pièce pour évoquer Ludus, l’amour-acteur ? Mise en garde, séduction, jalousie, jeu de pouvoir, tout y est.

La partition dans Ludus
L’amour est un oiseau rebelle, Carmen (Elina Garanca)

Le renard dressé, son rôle dans Ludus

Si je devais nommer un seul élément de ce tableau pour représenter la dualité de Ludus, ce serait ce renard. On se l’imagine comme un animal malin, espiègle, joueur. Il incarne ce côté heureux et dansant de Ludus. Pur, au départ, il ne cherche que le bonheur. Puis, peu à peu, un désir naît au creux de son ventre.

Ce renard, il peut représenter l’homme maladroit. Cet homme se laisse mettre un collier autour du cou, et se met peu à peu à se plier aux moindres caprices de celle qu’il veut conquérir. Elle lui pointe la partition du doigt, et dit « danse pour moi ». Le renard s’exécute, au prix de son aura masculine et virile. Il se dit que s’exécuter le rapproche de la sexualité, comme le suggère cette jambe dénudée. Mais ça n’est qu’une carotte qu’on lui agite sous le nez, pour qu’il danse encore un peu plus. Ainsi, le noble renard, vif, malin, n’est plus qu’un petit chien.

Le danger de Ludus réside dans le principe de non-réciprocité. Connaissez la nature profonde de l’autre, avant de jouer à ce jeu. Cela vous évitera des peines. Et vous fera mieux savourer l’instant.

Les disques et le rideau

Vous l’avez deviné, les deux disques de l’œuvre et ce grand rideau orange sont des références directes à l’aspect jeu/théâtre de Ludus. D’abord, les disques : l’un est directement connecté à la partition, l’autre non. Aussi, ils sont multiples, composés eux-mêmes de plus pistes, pour représenter le changement de tempo dans une rencontre. Au début, le rythme/musique est lent : on se découvre, on se flaire. Ensuite, le tempo s’accélère, on attaque, on se séduit, on se défend, on met un masque. Chaque petite section de mosaïque représente un flirt. Et chaque fragment doré représente un flirt qui s’est bien conclu, car tous ne se déroulent pas toujours bien, ou ne sont pas si impactant que ça.

Et ce rideau alors ? N’est-ce qu’une référence au théâtre, si peu subtile ? Bien sûr que non : ici, le rideau est aussi un masque. Il est même le masque le plus lourd, et le plus épais ; celui qu’on jette par-dessus ses intentions profondes. On ne vient jamais a un rendez-vous en affichant ses intentions brutes, animales, dès les premiers instants, n’est-ce pas ? Il y a toujours un petit quelque chose à cacher, ça fait partie du jeu, du mystère. Mais nous y reviendrons tout en haut de l’œuvre, à ce mystère.

Le jeu de tarot, et la part d’horreur

Dans un si petit espace tient une lourde symbolique. De disque qui présente des cartes renvoie à l’expression « cacher son jeu ». Dans l’idée d’un flirt, pour séduire, pour jouer, on va user de divers stratagème. L’homme met en avant sa confiance, sa force, sa motivation. La femme jouera sur sa sexualité, sa vulnérabilité. C’est le jeu des opposés qui s’attirent. Ces cartes, elles peuvent être sincères, ou artificielles. Et comme au tarot, leur porté peut changer en fonction du sens dans lequel on les tire. Ainsi, j’ai représenté face découverte le cavalier de coupe et le trois de bâton. Pour le cavalier de coupe, à l’endroit, il est symbole de romantisme, de séduction d’amour… Mais à l’envers, il est la jalousie, l’irrationalité. Et le trois de bâton ? À l’endroit, il est le désir, la découverte, la rencontre. À l’envers, il est l’échec, le blocage.

C’est à vous d’imaginer ce que peuvent bien être les cartes face cachées. Pour vous y aider, je vous invite à visiter ce site.

Mon modèle pour Ludus, et la palette de couleur

D’abord, un bref mot sur la palette de couleur : beige, rose, vieillit, orange-pêche. Le choix d’une palette douce m’a aidé à souligner le côté doux et amusant de Ludus. Avec des teintes aussi tendres, on se fait facilement une idée de l’une des facettes de cet amour. Mais cette tendresse cache aussi une part d’ombre.

Quant au modèle, sa pose est dansante, dynamique. D’un doigt, elle montre la partition. De l’autre, elle cache son jeu, et choisit ses cartes. Et la voilà, cette part d’ombre de Ludus : le jeu de pouvoir. C’est ainsi que fonctionnent toutes les relations humaines : l’un des deux partis à forcément l’ascendant. Nous sommes faits ainsi. Ici, c’est la jeune femme qui dicte le tempo au renard, et il s’exécute. Elle décide, elle détient ce pouvoir, et elle en joue. Son regard semble tout à coup calculateur, et contraste avec la douceur de sa riche robe, laquelle reprend les pliures du lourd rideau. Oui, ici, la danseuse semblait pourtant bien innocente, mais elle a envoûté le renard. Méfiance cependant, le renard pourrait apprendre, et devenir Loup.

Et ces menaçants tentacules, et ces yeux avides, derrière le rideau ? Ils sont l’emprise qu’on peut exercer sur vous dans Ludus. Ce sont ces ronces dont je parlais au début, vous vous souvenez ? Ils sont la maladresse, le pouvoir, les échecs, les dépendances, la manipulation. Ludus est un jeu dangereux, mais aussi un jeu magnifique. Il suffit de connaître les règles, de savoir ce que l’on est, et de savoir ce que l’autre est. Puis, on peut essayer de deviner les intentions de l’autre.

Le choix du lilas comme fleur

Je dois bien avouer que choisir une fleur pour Ludus n’a pas été simple. C’est un amour subtil, mais au final, il m’a semblé que le lilas s’y prêtait bien. Le lilas symbolise la beauté juvénile et les premières émotions amoureuses. S’il est mauve, il incarne l’amour naissant, les premiers pas vers le tortueux et languissant chemin de la passion… Parfait pour Ludus, et, coup de chance, le mauve-rose s’accordait avec ma palette. Un signe ?

Retour tout en bas !

Souvenez-vous : j’ai dit que cette œuvre se compose de deux tableaux. Nous avons détaillé le premier, passons au second, tout en bas. Nous y trouvons ces trois bandeaux, qui sont en réalité… Des marches ! Elles mènent à la scène où se passe l’action. À gauche, une structure en bois ou en métal soutient l’estrade surélevée.

Mais quels sont ces trois masques étranges dans ces marches ? Ce sont les étapes d’une rencontre qui tourne bien.


Un rendez-vous qui se termine bien

La marche tout en bas représente les premières secondes, où nous sommes encore fermés à l’autre. On n’arrive pas bien à sonder son partenaire qui porte le masque de l’Inconnu, alors on joue différents airs sur ces touches piano beiges, pour voir ce qui le/la fait réagir.

La marche suivante est le flirt. C’est là qu’on sort le grand jeu : on s’équipe de ce masque Multi-faces, et on montre ce qu’il y a de plus beau chez nous pour séduire. Mais l’on tend aussi des pièges pour l’autre, au travers desquels il doit se faufiler pour arriver jusqu’à nous.

Enfin, le dernier masque est le masque du Séduit. C’est l’aveu. « Tu me plais. Revoyons-nous. Rentrons ensemble ». Voyez : ce masque à un regard langoureux, et il glisse vers la gauche, derrière le rideau orange, à l’abri des regards, probablement vers l’Eros…

Connais la nature de l’Homme et de la Femme, mais ne juge pas

Si on devait ne retenir qu’une chose de cette œuvre, ce serait ceci : connais ta nature d’humain. Connais la nature de l’homme. Et connaît la nature de la Femme. Prenons en compte nos différences, comprenons que nous ne cherchons pas toujours les mêmes choses, et ne perdons pas notre temps en jugement. Ayons simplement de la bienveillance, de l’intelligence, et tâchons de jouer sans trop nous blesser. Revenons peut-être à des danses plus saines.


Ludus

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